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TRIBUNE #6 : Nos Alumni agissent pour l'environnement et le climat !

27 novembre 2025 Climat & Environnement
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Le 8 Décembre 2020, le Conseil d'Administration de Supméca Alumni a voté à l'unanimité le soutien de l'association auprès du collectif Alumni for the Planet. Dans le cadre de ce soutien nous offrons une tribune aux Alumni de Supméca qui agissent pour le climat et l'environnement pour promouvoir leurs actions et leurs projets !

 

Ce mois-ci, découvrez le témoignage de Elia Merloo (p2020). Le parcours d'Elia est celui d'un bifurqueur qui met ses compétences et son énergie au développement de l'agriculture urbaine. Son interview est aussi disponible dans le dernier numéro du magazine Tremplin !

Elia MERLOO vient de Nice et était membre de la promotion 2020 de l’ISAE-Supméca. Après son stage de fin d’année portant sur le biomimétisme et suite à sa diplomation, peinant à trouver un métier en accord avec ses convictions environnementales, il suit une formation sur la transition écologique au T-campus. Il postule ensuite au Paysan Urbain, une serre en plein Paris, qui fait de l’insertion professionnelle mais aussi des ateliers de sensibilisation. Aujourd’hui, il prépare un projet d’éco-lieu.

Bonjour Elia, peux-tu nous parler de ton stage en biomimétisme ? Il s’agissait de recherche ? Comment font les mécaniciens et les biologistes pour communiquer entre eux alors qu’ils n’ont pas le même langage scientifique ? Qu’as-tu appris ?

 

J’étais dans un laboratoire du Muséum national d'Histoire naturelle qui s'appelle le MECADEV en association avec le CEBIOS qui travaille sur la biodiversité et le biomimétisme. Mon sujet traitait des enveloppes des bâtiments et de celles dans le vivant. L’objectif était de faire des parallèles entre les deux pour trouver des stratégies ou des manières de classifier le vivant pour que les biologistes et les ingénieurs et ingénieures puissent échanger entre eux plus simplement. Les recherches des uns servant aux recherches des autres. Il y a un problème de langage, mais pas seulement : le monde académique et industriel ne communiquent pas beaucoup dans certains domaines et sont peu perméables. 

 

Malheureusement, avec le confinement, je n’ai pu faire aucune expérience. J’ai tout de même appris des choses passionnantes. Mais j’ai aussi réalisé que je ne voulais pas travailler dans la recherche. Je voulais faire plus de concret et moins de rapports. Et puis, je me suis rendu compte de la réalité derrière le biomimétisme. C’est à dire qu’il y a tellement de subtilités dans les mécanismes qu’utilise le vivant que mettre cela à une échelle industrielle me semble une chose totalement illusoire. 

Par ailleurs, l’idée de s’inspirer du vivant a une connotation positive mais certaines inspirations peuvent être contre-productives pour l’environnement. Par exemple : des armes sont faites en s’inspirant de formes venant du vivant ! Donc, s’inspirer du vivant n’est pas forcément un gage de bénéfices environnementaux et sociétaux. Les démarches vraiment holistiques et intégratives qui prennent en compte toute la démarche du vivant sont assez rares. Par exemple : une feuille va être moins performante qu’un panneau solaire en termes de captage d’énergie. Cependant, elle est biodégradable, c’est de la nourriture pour beaucoup d’animaux et elle est plus légère. Tout dépend des paramètres que l’on prend en compte et du cahier des charges que l’on a à la base. 

Certains penseurs essaient de créer des méthodes bio-éthiques pour justement prendre en compte tous ces paramètres écologiques, tel le recyclage. D’ailleurs, le terme même de « recyclage » n'existe pas dans la nature car elle « recycle » intrinsèquement en raison de toutes les interactions entre les organismes vivants ! 

Donc tu as cherché du travail ailleurs ? Quel genre de poste souhaitais-tu ? Pourquoi avoir fait une formation T-Campus ? Que t’a-t-elle apporté ? 

 

A la sortie d’école, j'ai essayé de chercher du travail. La période n’était pas propice à l’emploi. En plus, j’avais beaucoup d’exigences. Après quelques entretiens, j’ai essayé de les baisser mais je pense que ça se sentait, que j'allais avoir du mal à travailler dans l'industrie dans un poste probablement répétitif et éloigné de mes convictions environnementales. Il y avait bien des boîtes tournées vers l’environnement avec de réels engagements mais leurs recruteurs cherchaient des profils venant d’écoles plus prestigieuses. Ils pouvaient se permettre d'aller trouver des généralistes avec une formation qui était plus adaptée. 

En dernière année à Supméca, j’avais choisi le parcours Matériaux Procédés et Simulation. J'espérais trouver un poste dans les matériaux bio-sourcés ou la construction durable.  Au final, peu d’entreprises travaillent sur ces sujets et aucune n’a de postes ouverts. 

 

J'ai donc changé mon fusil d'épaule et j’ai commencé une formation de deux mois avec le campus de la transition qui s’appelle le T-campus maintenant (T-camp à l’époque). C'est un enseignement qui est axé sur la permaculture. On a passé une semaine dans une ferme où elle est pratiquée puis une autre à naviguer entre des éco-lieux avec des modes de vie différents. On a découvert des expériences assez incroyables, assez chaotiques parfois, mais surtout très enrichissantes. Il y avait aussi de la théorie avec beaucoup d'intervenants pour nous présenter des exposés (souvent réalisés en ligne). Par exemple : les économistes Gaël Giraud ou Alain Grandjean et même Jean-Marc Jancovici qui avait fait de la pub au T-camp. La dernière partie de la formation a eu lieu au campus de la transition qui est lui-même un éco-lieu. C'était hyper enrichissant. 

 

J’y voyais plus clair ensuite. Je voulais faire une coloc avec des ami·es de l'école et être à Paris. Comme je ne trouvais toujours pas un travail qui me plaisait, je me suis dit : « pourquoi ne pas faire un service civique ? » J’ai été retenu à tous ceux auxquels j’avais postulé, dont celui du Paysan Urbain que j’ai choisi. Je ne gagnais pas beaucoup mais j’étais vraiment en phase avec mes valeurs. 

Qu’est-ce que le Paysan Urbain ? Quel est son modèle économique ? Qu’est-ce que tu y as fait durant ton service civique ? Qu’est-ce que tu y fais aujourd’hui ? Comment sensibiliser les entreprises à l’environnement ? Penses-tu que ce soit possible ?

 

J'ai commencé à travailler au Paysan Urbain en octobre 2021 et j’y suis encore actuellement (en 2023). Le Paysan Urbain c'est une serre de 600m² dans le vingtième arrondissement de Paris. On y fait par exemple de la production de micro-pousses de chou ou de moutarde. Les micro-pousses ce sont les deux premières feuilles de la plante (les cotylédons) que l’on vend principalement au secteur de la restauration et un peu aux gens du quartier. On fait aussi des fleurs comestibles, plutôt en extérieur, dans les jardinières ainsi que des fraises et des tomates dans une serre annexe en été. 

Il y a trois piliers qui fondent cette entreprise : la production (maraîchère… mais pas que), l'insertion professionnelle et l’éducation. 

 

Le premier pilier, la production, ce n’est pas que les plantes. On a des productions à haute valeur ajoutée car ne faire que du maraîchage ne serait pas du tout rentable. On fait des bouquets, des tisanes, … on fait plein de choses ! 

La production permet de financer le deuxième pilier, les chantiers d’insertion. On accompagne des personnes avec des parcours de vie difficiles vers l'emploi. Parfois, ce sont des gens qui ont élevé leurs enfants pendant longtemps ou bien qui ont eu des problèmes d'addictions. Ça peut être des personnes qui sont en parcours de migration. Grâce à des CDD de deux ans, on leur permet de faire des tâches simples pour qu’ils et elles gagnent en assurance. Ce sont des profils un peu compliqués mais c’est super intéressant de travailler avec eux. Me concernant, j’ai surtout été actif sur le troisième pilier. On accueille des publics scolaires pour faire de l'éducation à l'environnement grâce au cadre dont on dispose, pour faire des animations où les enfants ont les mains dans la terre et ainsi créer un contact avec la nature qu’ils ne connaissent pas forcément. En effet, on est dans un quartier prioritaire de la ville. Il y a donc des gens qui n’ont jamais quitté le béton de Paris. On part du principe qu’on ne peut pas protéger et apprécier quelque chose qu'on ne connaît pas. On essaie de les reconnecter au Vivant, de leur apprendre des choses. 

 

Mon service civique a duré 10 mois en tout. Cinq mois avec l'équipe pédagogique pour les scolaires et cinq mois en production sur la partie fleurs comestibles. A la fin, j’ai réussi à négocier avec le Directeur général pour avoir un poste en CDI sur l'animation. Pas avec les scolaires mais avec les entreprises. Du point de vue financement, 50% de notre chiffre d'affaires viennent de nos activités de ventes de micro-pousses et de productions alimentaires. Les autres 50% sont liés aux appels à projets, au mécénat, au financement de l'Etat et de l’aide liée à l’insertion. Ça marche bien tant qu’on a des projets. L'idée est de pérenniser le fonctionnement du Paysan Urbain grâce à des activités à très haute valeur ajoutée (car les écoles n’ont pas beaucoup d’argent) telles que le team building d’entreprise, les journées solidaires, les séminaires… Notre salle de 70m² est belle, moderne, inspirante, en plein Paris et facilement accessible en métro. Il y a d'autres fermes où ce type d’activités représente 90 % de leur chiffre d'affaires et où la production ne représente qu’une toute petite partie.  J'ai commencé à développer cette idée en septembre 2023. Il faut un peu de temps pour se créer du réseau et trouver des client.es, surtout en hiver car le secteur de l’animation est plutôt creux. Mais au printemps, on a environ une activité par semaine. Ce n'est pas dès la première année qu'on atteindra notre objectif des 50% mais on y arrivera. 

 

Pour promouvoir Paysan Urbain, on a fait des salons, notamment le salon Pro-durable qui était intéressant pour rencontrer des entreprises. Mais c'est un travail de galérien dans le sens où il faut faire cent prises de contact pour avoir peut-être dix contacts intéressés et un contact au final qui va venir sur le site. On cherche ainsi à pérenniser nos relations avec les entreprises afin qu’elles reviennent régulièrement.

Notre jauge est limitée à trente personnes par activité parce que nous sommes sur un terrain sous contrainte, les réservoirs de Charonne. Cependant pour les séminaires, la salle peut accueillir jusqu'à quarante-cinq personnes.

 

Il y a quatre grands types d'ateliers : 

  • Des ateliers « mains dans la terre » où les participant.es mettent la main au jardin. 

  • Des activités un peu plus créatives : fabrication de savon, de terrariums, d’objets DIY (Do It Yourself) et Zéro déchet. 

  • Des sensibilisations et des jeux de type fresque (ex : Fresque du Climat). Nous sommes formés en interne mais à cause des droits d’utilisation de certaines fresques, c’est parfois le parcours du combattant pour les réutiliser dans un but commercial.

  • Le dernier type d'atelier c'est l’émerveillement, la reconnexion à la nature. Cela va être des balades à l'aveugle, des ateliers gustatifs autour de tisanes, de nos micro-pousses et de nos productions. Parfois, on fait juste s'asseoir les personnes dans le jardin et ils ne doivent rien faire, simplement regarder autour d'eux. C'est un peu surprenant ce que l'on obtient juste avec ça. 

Une de mes activités favorites consiste à leur donner un carré d'herbe et à leur demander de retrouver dix types de plantes différentes sur un tout petit espace. Au final, on voit qu’il n’y a pas que de l'herbe. Il y a de la luzerne, du trèfle, du plantain, du pissenlit et c’est plein de choses qui sont intéressantes qui ont chacune leur histoire et leur utilité. 

 

J'aimerais faire plus de formations, plus de choses sur le long terme et que la sensibilisation soit plus approfondie. Que cela aide aussi les gens à se reconvertir s’ils le souhaitent. Malheureusement certaines entreprises prennent ça pour de l'événementiel. Mais d'un point de vue économique on ne peut pas se permettre de refuser des projets qui nous rapportent. Les animations c'est sympa et on arrive à transmettre des choses. C'est toujours ça de pris. J'ai aussi conscience que ce n'est pas ça qui va faire vraiment changer les boîtes de l'intérieur. Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que ce soit possible à cause de leur modèle économique. On ne peut pas faire des miracles mais on peut canaliser des capitaux vers un projet qui a du sens et qui est positif pour l'environnement.

Tu as des projets pour la suite ? As-tu des connaissances qui partagent tes convictions ? Tu veux continuer à travailler dans le maraîchage ? Es-tu satisfait de tes choix ?

 

Avec quatre ami·es de l’ISAE-Supméca nous avons un projet d’éco-lieu. Diplômé.es de la même école, nous avons toutefois des profils différents. La première travaille sur les déchets. La seconde dans le bâtiment, elle rénove des maisons pour en faire des lieux festifs pouvant accueillir les parisiens. Le troisième vient de rentrer du Canada. Et le dernier travaille à Lons-le-Saunier dans l'éolien mais souhaiterait être plus engagé. Il y a aussi ma copine qui a fait AgroParisTech et a un projet d'installation agricole. 

 

Pour construire ensemble quelque chose, il faut avoir une bonne entente sinon le projet peut voler en éclats. J'ai donc conscience que notre groupe doit se former à la gouvernance. On avait des modules sur ce sujet durant la formation au T-camp mais c'étaient des amuse-bouches. Il faut aussi qu’on pose bien en amont du projet un certain nombre de règles pour que cela se passe bien. 

 

Moi, ça m'intéresserait beaucoup de bosser sur la permaculture et l'agroécologie. Et du coup de me former pour faire un BPREA. Il s’agit d’une formation agricole. Je veux vraiment apprendre à faire pousser des plantes et obtenir une autonomie alimentaire. 

Dans un deuxième temps, je souhaiterais participer à un grand projet d’éco-lieu avec des interactions sur un territoire, cela dans un horizon de cinq à dix ans. On se laisse le temps de mettre de l'argent de côté et de se former. Je vais quitter mon poste avant les J.O.. J’aime mes colocs et mon travail qui se passe très bien mais j’en ai assez de Paris et des trajets journaliers. J'ai envie de me rapprocher de la nature. J’envisage un travail similaire dans l'agriculture urbaine ou périurbaine dans une ville plus petite avec potentiellement de l'animation car ça me plait.  

 

Grâce à ce que je fais, j'ai l'impression d'être un peu utile dans la transition écologique. Après, quand je regarde les salaires de mes potes de l’ISAE-Supméca, ça me fait un peu peur. Ils gagnent deux fois plus que moi. Mais franchement, tant que je vis relativement confortablement, ce n’est pas un souci pour moi.


Merci à Elia MERLOO de s’être prêté au jeu de l’interview !




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