Actualités

Partager sur :
25 novembre 2021
Climat & Environnement

TRIBUNE #4 : Nos Alumni agissent pour l'environnement et le climat !

Vue 179 fois

Le 8 Décembre 2020, le Conseil d'Administration de Supméca Alumni a voté à l'unanimité le soutien de l'association auprès du collectif Alumni for the Planet. Dans le cadre de ce soutien nous offrons une tribune mensuelle aux Alumni de Supméca qui agissent pour le climat et l'environnement pour promouvoir leurs actions, leurs projets !

Ce mois-ci découvrez le témoignage de Denis Galha Garcia (C2007), interviewé le 30 septembre 2021. Denis est un des 6 cofondateurs de Time for the Planet, une entreprise à mission lyonnaise créée en 2019, qui s’est donnée pour objectif de lutter contre le réchauffement climatique au niveau mondial, en réduisant les émissions de Gaz à Effets de Serre (GES) des activités humaines. Qualifiée de “fonds d’investissement à but non lucratif”, Time for the Planet ambitionne de lever 1 milliard d’euro et créer 100 filiales d’ici 2030 pour développer des solutions en Open Source qui contribueront à la réalisation de cet objectif.

Comme Denis, engagez vous avec Alumni for the Planet et contactez-nous @ communication.reseau@supmeca-alumni.com pour communiquer sur vos projets, qu’ils soient dans vos entreprises actuelles, d’ordre entrepreneurial, associatifs ou de toute autre nature ! 

 

 

Bonjour Denis ! Tu es sans doute bien occupé avec Time for the Planet, donc merci de prendre le temps d’échanger. Pour commencer en quelques mots, quel est ton parcours ? 

Denis : oui bien sûr, avec plaisir ! Alors, pour commencer, j’ai fait ma prépa à Grenoble, à Champollion, et j’ai intégré Supméca, qui venait juste de changer de nom, en passant de CESTI à Supméca. J’ai intégré l’antenne de Toulon, où j’y ai été 3 ans, de 2004 à 2007. Mais ayant eu un stage de fin d’étude de 6 mois à Paris, j’ai aussi connu Supméca là-bas et ai vécu 6 mois dans la résidence de Supméca Paris. J’étais en Conception de Systèmes Mécaniques, et j’ai fait un stage intermédiaire aux US. Après ça, j’ai voulu continuer un peu, pour voir au-delà du rôle de l’ingénieur “classique”. J’étais à fond sur la gestion de projet en sortant d’école, sans trop savoir ce que ça voulait dire, et je savais que je ne voulais pas faire du calcul, et je souhaitais donc prendre du recul. J’ai donc fait un master complémentaire, un M2 à l’IAE de Lyon, en Management et Administration des Entreprises. C’était intéressant car très complémentaire avec les enseignements de Supméca, et au-delà de ça, c’était d’être avec des profils non-ingénieurs. Certes, quand on entre en école [d’ingénieur], il y a une variété de profils, mais quand on sort d’école, on se rend compte qu’on est tout de même un peu formaté, un peu tous pareils. Donc le fait d’être avec des personnes venant de STAPS, de médecine, de droit, et d’autres parcours, c’était extrêmement enrichissant.

A partir de là, j’ai commencé à travailler. J’ai été chargé d'affaires pendant 1 an dans le nucléaire, pour faire un mix entre du technique et du commercial, et expérimenter ce métier. C’était intéressant, mais j’ai rapidement fait le tour, car techniquement, ce n’était pas excitant. Après j’ai eu l’opportunité de partir, et j’ai fait un premier choix “irrationnel”, c’est à dire que j’ai quitté ma boîte, qui avait une dimension internationale, avec un CDI, au bout d’un an pour rejoindre une start-up de 3 personnes, en baissant mon salaire, dans un domaine que je ne connaissais pas, qui était le conseil à l’innovation. Ca s’est fait parce que humainement, j’ai bien accroché avec le fondateur. J’ai commencé là-dedans, et puis petit à petit, la boîte a grossi. C’était intéressant car il fallait toucher à tous les sujets ; n’étant pas nombreux, il fallait toucher à tous les domaines d’expertise. L’idée c’était de comprendre les projets d’innovation des clients, regarder les financements qui existent pour les aider et obtenir les fonds en fonction pour leur permettre de financer leurs projets de R&D et d’innovation. J’y suis resté 10 ans, et on était à peu près 80 personnes quand je l’ai quittée. J’ai pris d’abord du management, puis après un rôle de direction d’équipe, puis de direction d’activité / de Business Unit, et à la fin j’étais un associé du cabinet : on était 3 à piloter la stratégie de la boîte. C’est l’avantage de rentrer dans une petite boîte, de voir le fait que ça grossisse et puis tu touches un peu à tout. J’aime beaucoup le côté humain, donc le management ça avait été chouette et puis ça permet de voir tous les sujets.

Au bout de 10 ans, j’ai eu envie de changer, pour plusieurs raisons parce que entre temps : je suis devenu papa, puis les conférences de Jancovici ou Aurélien Barrau sont passées par là aussi, prise de conscience et envie de faire un peu plus, et pas simplement conseiller, mais agir moi-même. Et puis donc j’ai quitté la boîte, sans trop savoir car on n’avait pas encore lancé Time for the Planet. J’ai passé 1 an à réfléchir aux différents sujets possibles et puis avec des potes on a imaginé Time for the Planet, et c’est comme ça que a démarré. On est 6 personnes à avoir structuré Time for the Planet depuis 1 an et demi (depuis fin 2019). Je connaissais un des fondateurs depuis le master à Lyon, avec qui j’avais été en colocation à ce moment-là et on était resté en contact.

Et puis donc voilà, on s’est lancé dans l’aventure Time for the Planet. C’était pour moi ma vraie première grosse aventure entrepreneuriale. Avec la casquette scientifique / innovation, c’est à dire : détecter, évaluer puis sélectionner les innovations qui ont un fort potentiel d’impact, en sachant qu’on s’est orienté uniquement sur les gaz à effet de serre.

 


Logo de Time for the Planet (https://www.time-planet.com/fr)

 

D’accord, donc ça veut dire que tu as un volet un peu technique dans ce que tu fais ?

Oui, alors je n’étudie pas de technique en tant que telle, mais je pilote cette partie-là. Au niveau scientifique, j’ai fais un gros travail de lecture des rapports du GIEC, pour voir quelle pourrait être la position de Time for the Planet sur le sujet climat. Je suis aussi en relation avec les innovateurs, ai mis en place la plateforme pour évaluer les innovations, défini les critères d’évaluation, etc. 

C’est un monde à part, la dimension entrepreneuriale, que je vis de l’intérieur, que j’ai accompagné pendant 10 ans. Je croyais savoir ce que c’était, mais tant que tu ne le fais pas, tu ne le sais pas. Je touche à tout, c’est ça qui est très très riche.

 

Ça doit être super intéressant en effet ! A Time for the Planet, vous touchez à tout type d’innovation ? Ou vous vous limitez à des innovations techniques ?

L’idée c’est d’être sur tout type d’innovation. Par rapport à ce qui existe sur des concours, où les innovations vont être mises dans des cases, nous ce qui nous intéresse à contrario, c’est comment on fait en sorte avec une innovation d’avoir le maximum d’impact en terme de réduction de gaz à effet de serre. C’est notre seule préoccupation. Pour ça, il faut que ce soit une innovation qui puisse être dupliquée rapidement et mondialement, qu’elle soit technologique ou non technologique. Ça peut être un business model par exemple. Juste avant notre entretien, j’étais en visio avec des innovateurs sur un projet no-tech (sans technologie n.d.r.) de business model pour du crédit carbone, donc pas du tout un outil technologique. Donc il y a vraiment de tout : des projets tech, voire high-tech (projets technologiques), low-tech (projets de basses technologies) et no-tech (projets sans technologie).


La notion de low-tech illustrée (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Low-tec). Moins connue que la notion de high-tech, le concept de low-tech, introduit en France par Philippe Bihouix pose la question du juste dosage technologique pour répondre aux besoins humains.

 

Je ne connaissais pas le terme no-tech mais on comprend bien ce que ça veut dire. De mon côté, j’entend de plus en plus parler du low-tech (avec Philippe Bihouix, etc.). C’est quelque chose que vous voyez venir, vous avez des sujets low-tech ?

On en voit passer un peu, pas assez à mon goût. J’ai échangé avec le Low-tech Lab, et Philippe, je l’ai interviewé, il est actionnaire / associé de Time for the Planet d’ailleurs, parce qu’il a bien aimé le concept du projet. Donc oui, c’est quelque chose qu’on intègre. Cela dit, nous ne sommes pas sur un seul créneau. On ne se limite par exemple pas à la sobriété, ou le low-tech. On pense qu’il faut un peu de toutes les solutions pour arriver à décarboner nos activités et on n’a pas de boule de cristal, on n’est pas là pour inventer l’avenir donc on teste tout, puis ce qui marchera marchera ! Dans les projets qu’on a eu, on a eu peu de projets low-tech. Après tout dépend aussi de la définition de la low-tech. Par exemple, dans les innovations qu’on étudie, il y a une solution de kite pour tracter les navires, pour les aider à réduire leur consommation de carburant. Ca paraissait un peu fou au début, mais ça peut vraiment baisser la consommation d’un énorme navire, de l’ordre de 20% et du coup ça peut avoir des impacts assez rapides. En soi, un kite qui tracte un navire, ce n’est pas du pure high-tech. Tu en rajoutes bien sûr un peu parce que tu mets du pilotage automatique par exemple. Cette solution, je la mets un peu dans la catégorie low-tech, parce que ce n’est pas une nouvelle technologie, ou un objet technologiquement nouveau, tu utilises le vent pour faire des choses intelligemment. L’inconvénient du low-tech, c’est que c’est souvent de la solution à petite échelle, artisanale. Pour faire simple, c’est pour de la résilience. C’est très important et très utile, je ne dis pas du tout le contraire, mais ce n’est pas la mission de Time for the Planet, donc c’est pour ça qu’on en a un peu moins sur cet aspect-là.

 

Oui, vous cherchez vraiment quelque chose à l’échelle, qui a un vrai impact de façon tangible et directe au global ?

En fait, on s’est créé pour remplir une case qu’on pensait vide. Il va falloir pleins de petites améliorations, il va falloir que les gens changent leur comportement, il faut que les gouvernements changent les régulations, etc. Seulement, on pense à Time for the Planet qu’il est difficile d’agir dessus. Donc on s’est dit, on va faire en sorte pour qu’il y ait des innovations. Il y a des innovations qui peuvent vraiment impacter à l’échelle mondiale. Par contre, elles sont difficiles à sortir des labos parce que les chercheurs, les scientifiques ou même les ingénieurs, de façon objective, pour avoir travaillé dessus pendant 10 ans, ne sont pas les meilleurs pour vendre leur solution. Ils vont avoir du mal à vendre leur solution parce qu’elle va être imparfaite, parce qu’il va manquer des trucs, etc. Je suis moi-même le premier, dans la vie de tous les jours, quand je fais un truc, à être dans cet esprit-là, donc je le dis sans critique. Il faut parler à des financiers et c’est un autre monde ; il faut trouver du marketing, du business, ce sont des mondes complémentaires. Donc on s’est dit, on va faire un truc qui permet de rassembler ces mondes-là. 

Il y a un écosystème de l’innovation qui fonctionne bien en France, mais ça prend du temps, et quand ça marche, ça marche parce qu’il y a derrière un industriel, ou une start-up qui agit, avec une bonne propriété intellectuelle, qui va se différencier, et c’est bien parce que ça va permettre de pénétrer un marché, d’avoir un business. Mais ça ne permet pas de se déployer massivement. Donc notre autre notion forte, c’est de se dire : on va financer ça, on va financer ce que d’autres ne veulent pas financer, parce qu'il y a encore du risque, parce que le modèle économique n’est pas encore trouvé, parce que le scientifique n’a pas été compris, etc. Et ces innovations-là on va les financer, on va les déployer, on va mettre dessus un entrepreneur qui va proposer un business model qui marche bien et on va les distribuer à tous, pour que d’autres puissent s’en emparer, et faire du business avec. Ca, c’est une logique vraiment différente d’un fond d’investissement classique, qui va demander de la propriété intellectuelle pour se sécuriser. Nous on va dire : la protection ne nous intéresse pas, ce qui nous intéresse, c’est l’impact. Donc si on peut partager et avoir plus d’impact, il faut faire ça.

 

Justement, le site de Time for the Planet fait mention d’Open Source. Donc tout ce que vous développez va être Open Source, c’est ça ?

Le mot Open Source, c’est le mot grand public. Techniquement, c’est de la licence libre. Donc ce ne sera pas Open Source dans le sens Open Bar. Il y aura une licence cadrée, qui pourra par contre être accessible à tous et gratuitement, avec des droits et des devoirs. Si derrière, les devoirs ne sont pas remplis, on peut couper la licence. Donc il y a un cadrage minimum. En discutant avec des personnes de l’Open Source, ils nous ont expliqué qu’il faut une partie communautaire, ainsi qu’une partie cadre strict, parce que si tu fais juste vivre le truc naturellement, ça ne marche pas en fait. Il faut que tu donnes un élan et que tu puisses cadrer. C’est aussi pour ça qu’on l’a construit comme ça.

 

Donc finalement, la formule Time for the Planet, c’est unique ? Ou bien ça existe sur d’autres problématiques que le climat ?

A notre connaissance c’est unique. Time for the Planet rassemble beaucoup de choses. Si je caricature, on a innové pour innover. Pas pour le plaisir d’innover, parce que ça n’a pas de sens, mais juste parce qu’on a eu de la chance de pouvoir partir d’une feuille blanche. On s’est dit : “Comment faire en sorte que les innovations qui peuvent réduire le carbone soient à l’échelle mondiale ?”. On est parti de ça. Et à chaque fois on est parti comme ça. On s’est dit : “il faut rassembler de l’argent”. Pour rassembler de l’argent, soit on monte un fonds d’investissement, mais c’est lourd à mettre en place, c’est long, il y a toute une logique de fonds d’investissement qui est complexe, mais on n’a pas le temps. Donc il faut faire autrement. “On peut faire une espèce de crowdfunding” : c’est bien, mais il faut des projets, on n’en a pas encore, et puis ça veut dire que les gens doivent choisir un projet, donc ça veut dire qu’il faudrait les éduquer sur chaque projet, c’est compliqué, donc on s’est dit plutôt, “Il faut une caisse commune”, il faut plutôt un leetchi de l’innovation verte en caricaturant. Dans le cas d’une boîte, on s’est dit qu’on pouvait ouvrir le capital, et dans ce cas, le capital de la boîte sera investi. On a opté pour ça et on a lancé cette structure-là, en ouvrant le capital de l’entreprise à tout le monde à partir de 1 euro. Et rien que ça, c’est déjà assez novateur, parce que devenir actionnaire d’une entreprise en 2 minutes en ligne, ça ne se faisait pas. Nous on l’a fait parce qu' on a imaginé les choses comme ça, on en avait besoin. Il n’y a que certaines formes juridiques qui permettent de le faire. On a commencé en SAS. D’un point de vue technique, on était limité, parce que dans ce type de structure, très répandue, tu as le droit à 150 actionnaires, ce n’est pas prévu pour aller au-delà. En 2 semaines, on avait explosé le compteur, donc du coup, il a fallu changer de forme juridique. Bref, on a appris comme ça, c’est le monde de la start-up, tu avances, tu fais des erreurs, tu changes. Donc ça, ça a été un premier élément novateur : rendre accessible l’actionnariat.

Après on s’est dit, ces actionnaires, il faut qu’ils viennent. On s’est dit, il faut leur promettre quoi : 1%, 2%, plus ? Plus c’est rentable, plus c’est attractif. En même temps, nous on veut pas se prendre la tête chaque année de savoir combien on va distribuer aux actionnaires, etc., ça va être lourd, donc on met 0%. Là on a vu avec des avocats, pour mettre les intérêts à 0%, qu’il n’y ait pas d’intérêts. Déjà on nous a dit : “ne faites pas ça, personne ne va investir s’il n’y a pas de retour économique”. Nous on a dit : on pense que si, parce que l'argent doit servir à autre chose, on pense qu’il y a des gens qui vont nous suivre, on va tester, on va voir. On a testé, ça a marché, mais ce n’était pas gagné d’avance.

Et puis juridiquement, ça illustre la philosophie de Time for the Planet : on n’a pas le droit dans une entreprise d’interdire les dividendes. Donc ça voulait dire que chaque année qu’on allait se poser la question en assemblée générale de la redistribution des bénéfices, etc. Or on n’avait pas envie de s’embêter avec ça. On s’est dit : “comment on fait, est-ce qu’on peut conditionner le versement de ces dividendes ?”. Les avocats nous ont répondu qu’en effet, on pouvait mettre une condition, et du coup on a dit qu’on versera les dividendes le jour où le réchauffement planétaire sera revenu à 0°C par rapport à l’ère pré-industrielle (cf les travaux du GIEC). Donc on a conditionné à ça, ce qui est notre mission, or on sait que dans les 300 prochaines années, ça n’arrivera pas, donc ça a été une façon de bloquer le versement de dividende. Ca illustre un peu notre travail : on n’est pas là pour casser le système, penser au monde de demain ou autre. Il y a un système qui est en place, simplement on l’utilise différemment pour pouvoir agir.

 

Projections de l’élévation globale de température du globe terrestre selon plusieurs scénarios (courbe illustrée à partir des travaux du GIEC par G. Schivley : https://twitter.com/gschivley/status/967065577415114752)

 

Cette façon communautaire de procéder (nous avons aujourd’hui 30.000 actionnaires pour collecter de l’argent ; pour financer ; on les met dans le processus de sélection comme évaluateur, pour leur permettre de venir voir les innovations sur la plateforme, évaluer celles qui peuvent avoir un gros impact, donc de participer à la sélection des innovations jusqu’à une assemblée générale et en décider, etc.), partager en open source, être non-lucratif pour les associés, etc. Chacune de ces briques, on ne les a pas vues ailleurs, et encore moins assemblées.

 

Ca fait beaucoup d’innovations au final ! Du coup, les gens qui participent, après j’imagine qu’ils peuvent s’engager assez loin pour aller noter les innovations, ça va jusqu’à quel point ?

C’est vraiment en fonction de chacun. La base, c’est que les personnes peuvent devenir actionnaires, à partir de 1€. Ça va de 1 à 50k€ les actions chez les citoyens. C’est plus chez les entreprises, on arrive à avoir des tickets plus importants. Ca c’est l’élément de base. Après, il y a un 2è élément assez simple, c’est de la communication. En fait, on est beaucoup sur LinkedIn. Quand on devient associé, on propose de partager, on peut repartager nos posts. Ce sont de petites actions bêtes, mais ça fait connaître le mouvement, et la notoriété c’est un élément clé dans notre mouvement, parce que c’est un fond citoyen. Donc plus on est connu, plus on a de chances de fonctionner. Plus on fonctionne on a de l’argent, plus on va attirer des innovateurs et on va avoir les moyens de financer leurs innovations. Donc la notoriété est un élément clé du modèle Time for the Planet. Après, il y a des actions comme devenir évaluateur. Là, tu es actif, tu participes, que tu sois expert ou pas d’un domaine. On mélange tout, car on part du principe que c’est l’évaluation de masse qui est intéressante pour faire ressortir des innovations, et après on fait une étude scientifique plus poussée sur celles qui émergent. C’est aussi intéressant, dans le sens où ça permet d’évaluer l’acceptation sociale, qui est un facteur de succès souvent négligé dans les innovations. Donc en intégrant les citoyens dans le processus de sélection, on intègre de manière indirecte cette notion d’acceptation sociale. Tu peux évaluer quelques innovations seulement, mais certaines personnes ont fait toutes les évaluations (un peu plus de 200 !). Ça, bien sûr, ça dépend du temps et de la motivation de chacun. Après, quand on fait des questions-réponses en webinaire, il y en a qui connaissent tellement bien Time for the Planet qu’ils peuvent participer dans le chat et répondre aux questions, quand on organise des événements, il y en a qui participent. Et il y en a même qui vont initier des choses. Là par exemple on a fait les 24h de Time for the Planet, un peu à l’image des 24h de l’INSA sur Lyon. C’est la 1ère édition qu’on a fait, en virtuel du coup, et c’est la communauté d’actionnaires qui a complètement organisé ça de A à Z. Nous on est intervenus en tant que participants de Table Ronde, mais on n’a rien fait en tant que fondateur du mouvement.

 

C’est super cet engouement et on voit en effet sur les réseaux sociaux comme LinkedIn qu’il y a un nombre de post impressionnant autour de Time for the Planet.

Je pense que ça vient du fait qu’on a créé un outil pour que les gens se l’approprient et il y a pleins de gens qui sont beaucoup plus compétents que nous, et tout le monde va pouvoir faire avancer les choses. En devenant actionnaires, les gens, ça devient leur projet. Ils deviennent même plus actionnaires que nous en tant que tel, donc on ne se met pas du tout au-dessus. Nous, on structure un outil, et après chacun le prend en main et on donne la place pour le prendre en main et chacun apporte ce qu’il peut apporter. Donc il y a des gens plus sur les réseaux sociaux qui vont apporter énormément là-dessus. Il y en a qui vont parler autour d’eux. On a sorti un livre, donc certains vont communiquer autour du livre parce que c’est un format qui leur parle plus, etc. Après chacun voit son intérêt dans Time for the Planet. Il y en a qui aiment bien l'entreprenariat, d’autres le côté innovation, d’autres encore le côté citoyen, le fait que ce soit ouvert à tout le monde. Chacun va pouvoir en parler selon ses intérêts, et puisque les gens sont actionnaires, Time for the Planet est leur projet, réellement. Ce qui change la donne je pense. Le fait d’être non lucratif et transparent, ça montre aussi qu’on ne sert pas des intérêts privés, et on sait pourquoi on le fait.

 

Malgré tout, il faut se rémunérer et à Time for the Planet, vous êtes 6 fondateurs. Vous avez des activités annexes, ou êtes vous rémunérés par votre activité à Time for the Planet ?

Non, on est bénévole depuis le début et on est à 100% sur Time for the Planet, on est en mode entrepreneur, et à côté, on trouve du temps pour faire un peu de consulting ou des activités similaires pour avoir un peu de revenus. L’objectif c’est tout de même de pouvoir être payé avec Time for the Planet, car c’est comme ça qu’on pourra bien se concentrer dessus. Mais on s’est volontairement imposé qu’avant 10 millions d’euros, on ne rémunérerait pas sous Time for the Planet pour démontrer justement qu’on ne crée pas cet outil là pour nous enrichir à titre personnel, du coup ça permet d’enlever un peu cette crainte. Et en plus dans les statuts, on a aussi donné des plafonds pour nos salaires pour être certains qu’il n’y ait pas de dévoiement.

 

Ok ! Et du coup là maintenant, ça fait 1 an et demi que le projet s’est lancé, et vous êtes à combien de millions collectés ? 5 millions je crois ?

C’est à peu près ça, c’est un peu plus maintenant. La première conférence, c’était en décembre 2019. Aujourd’hui (le 30/09, date de l’interview), on est à 30.000 actionnaires et un peu plus de 6 millions d’euros levés officiellement, et plutôt à 7-8 officieusement, dans le sens où on a des accords avec certaines grosses entreprises qui vont verser par tranche.

Pour faire très simple, la première année ça a été la structuration du projet et la phase de POC (Proof of Concept) de tous ses aspects : est-ce que les gens vont investir, quelle structure juridique, quelle communication, quel process de sélection, etc. On a structuré tout ça et levé notre 1er million d’euro. La 2è année, nous avons levé le 2è million d’euro en 1 mois, donc c’est allé beaucoup plus vite et l’objectif est de lancer les 3 premières innovations. Donc on est à fond dans cette phase-là. L’année prochaine, le gros sujet sera le lancement à l’international.

 

Justement, c’est une question que j’allais te poser. Est-ce qu' à l’étranger on commence à parler de Time for the Planet ? Le nom en anglais n’a pas été choisi au hasard j’imagine, et c’est un nom parlant. Vous avez déjà des touches dans certains pays ?

On a déjà des associés un peu partout, qui sont plutôt des français expatriés et on a des personnes qui relaient le projet, qui le prennent en main, et qui tentent de le développer, notamment en Italie, en Pologne, à Singapour, au Canada et en Allemagne un peu aussi. Donc il y a des initiatives qui sont prises, mais on ne sait pas encore exactement comment on va structurer l’international. Petit à petit, ça commence. Après, la culture de chaque pays est différente, les réseaux sont différents, donc il faudra qu’on s’adapte, mais l’idée est que ce soit international, donc du coup que tout le monde puisse contribuer. Le problème du réchauffement climatique touche tout le monde. On entend dire : c’est la Chine qui pollue le plus, c’est l’Australie, les Etats-Unis, etc. mais la réalité, c’est que le CO2 ne s’arrête pas aux frontières et que les conséquences du réchauffement vont toucher tout le monde, donc tout le monde est clairement concerné.

 

Oui, puis en plus on est dépendant de pays comme la Chine qui produisent pour nous, donc forcément, ils polluent plus.

C’est ça, si on regarde qui pollue quoi, on est entièrement d’accord. Si on regarde les émissions émises jusqu’à présent, on est aussi largement en tête en Europe. 

 

Contribution historique cumulée par continents / pays des émissions de CO2 (source : https://ourworldindata.org/contributed-most-global-co2)

 

Cela dit, suivant comment on regarde le scope, on peut voir les choses différemment. Sur notre site, on avait fait un article là-dessus (https://www.time-planet.com/fr/tout-savoir/dereglement-climatique/quel-continent-emet-le-plus-de-co2-) et on montre qu’on peut rejeter la faute sur qui on veut, on peut faire dire tout ce qu’on veut aux chiffres. Une des particularités de Time for the Planet, c’est qu’on veut fédérer tout le monde, on n’est pas là pour juger. Si demain, un des gros polluants à la solution, et bien on l’accueillera avec plaisir. Ce n’est pas parce qu’il a pollué avant qu’il ne sera pas retenu. Donc demain, par exemple si un Total, un Bayer ou autre finance Time for the Planet, notre position sera : on en est très content, et après on maîtrise cet argent-là, peu importe comment il a été produit et en tout cas on fait en sorte qu’il serve pour la bonne cause après coup. L’idée est de fédérer tout le monde et d’être déculpabilisant, on ne pointe pas du doigt. Et puis en vrai, on n’a pas la capacité pour savoir qui est bon, qui est mauvais, etc.

 

C’est clair, et il faut prendre toutes les bonnes initiatives. Dans toutes les boîtes, il y a des gens qui veulent bouger aussi. Derrière ça pose tout de même une question de communication parce que j’ai l’impression que sur ces sujets là, si Total par exemple fait quelque chose, on va taxer de greenwashing, donc il faudra être prudent j’imagine ...

Notre politique c’est qu’on ne communiquera pas là-dessus. On ne communique pas spécialement sur les associés, sur les entreprises qui financent. Si elles veulent communiquer et soutenir Time for the Planet, elles sont libres de faire leur propre communication, en tout cas, nous on ne mettra pas en avant : “un tel a mis un gros ticket”. Par contre, on affiche de manière transparente le listing des associés. On part du principe que pour éviter le greenwashing, le plus simple, c’est la transparence.

 

Revenons sur les innovations. Tu mentionnais que vous voulez en financer 3 cette année ?

On veut en lancer 3. Pour l’instant on en a évalué un peu plus de 200. Sur ces 200, une vingtaine a été présélectionnée par notre réseau d’évaluateurs, qu’on a présenté en comité scientifique, et de là, il y a une dizaine de projets qu’on a creusé, sur les parties marketing, actionnariat, potentiel commercial, potentiel CO2, etc. De là, on en a une qui a déjà été lancée, qui a été créée cet été, qui s’appelle Carbon Impact, et qui est une société sur de la captation et le stockage du carbone. Pour faire simple, c’est issu de travaux de recherche d’un laboratoire d’une ONG américaine sur l’olivine, une roche volcanique, donc naturelle. Cette roche a une propriété : avec de l’eau, il y a une réaction chimique qui se fait, et elle vient capter du carbone. C’est la roche qui capte le plus de carbone quand cette réaction se fait. En fait c’est un phénomène qui prend énormément de temps : ça va dans l’océan, ça crée des sédiments, bref, c’est le cycle naturel des silicates. L’idée du projet, c’est de prendre cette roche là, de la concasser en petit pour accélérer la réaction et de la mettre sur un littoral par exemple, où l’énergie des vagues va pouvoir encore plus accélérer la réaction, pour qu’il y ait de la captation naturelle qui se fasse mais qui soit accélérée parce qu’on prend les bons éléments et on les mets aux bons endroits. Ce projet issu de la recherche a un site : https://www.vesta.earth/. Donc ça c’est le premier projet. Puis on travaille sur d’autres innovations, dont un projet sur du stockage d’énergie, sans métaux rares, pour du stockage stationnaire, une nouvelle technologie de batterie électrochimique. Une autre solution explorée est la solution de kite pour tirer des navires dont on a parlé. On discute actuellement avec Yves Parlier, un ancien navigateur, qui a monté sa structure (Beyond the Sea). On travaille aussi sur des projets plus technologiques, comme une solution qui s’appelle Leviathan Dynamics qui est une solution de double turbocompresseur pour utiliser l’eau comme réfrigérant, plutôt que des gaz fluorés, pour tout ce qui est réfrigération / climatisation. Les gaz fluorés ont un pouvoir de réchauffement bien plus élevé que le CO2, de l’ordre de 10.000 fois plus et les fuites représentent 2 à 3 % de l’impact des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Du coup l’idée, c’est d’avoir une technologie qui permette d’utiliser l’eau comme réfrigérant. Je te parlais d’une no-tech aussi, une solution qu’on est en train d’étudier, qui s’appelle Carbon Lock. En gros, tu achètes des crédits carbone sur le marché du crédit carbone qui est réglementé. Ça donne des droits à certaines industries polluantes, qui ont un quota, et ce quota diminue petit à petit. L’idée, c’est d’acheter une partie de ces quotas, et de les éliminer, donc comme ça ça force les industriels à aller beaucoup plus vite sur leur réduction. Ca, c’est du modèle économique, ce n’est pas technique.

 

Pour bien comprendre, ces projets-là sont portés par des entrepreneurs qui viennent vous voir ?

En fait, soit l’entreprise est créée, soit elle ne l’est pas, ça dépend. Dans le cas de Carbon Impact, c’était des scientifiques. Du coup on récupère leur étude scientifique, on met un entrepreneur, on met une boite, et on lance, on en fait un business. Dans le cas de Beyond the Sea, Yves Parlier est là, il a créé sa société. Le but ce n’est pas de l’évincer, bien au contraire. Le but c’est de rajouter une compétence, s' il le faut sur le déploiement du business. A ce moment-là, on est plutôt en augmentation de capital. On vient mettre du capital dans la société et prendre des parts, pour du coup accélérer la société et l’aider à faire son déploiement, de la recherche, développement et innovation et en contrepartie, on travaille avec eux sur le business model pour pouvoir partager cette innovation-là, puisque naturellement, ce n’est pas quelque chose qui est fait. Donc l’idée c’est de travailler avec eux pour leur démontrer qu’en partageant, une fois qu’on aura développé, ça pourra être une source de revenu, à terme. Ça ne vient pas pénaliser, bien au contraire, ça peut renforcer la dynamique économique de l’entreprise.

 

Ouahouh, c’est dense ! J’arrive à suivre, mais il y a beaucoup de notions

En support si tu veux, on a beaucoup de supports visuels, parce que l’ensemble est complexe. Le meilleur moyen de voir Time for the Planet sur tous ces aspects, c’est une émission à nous qui s’appelle “Time se met à poil”, que tu peux retrouver sur notre chaîne Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=VpzGThpYWRs&ab_channel=TimeForThePlanet). Ça dure 2 heures, qu’on a divisé en 4 volets. Pour commencer, on parle de la partie Gouvernance, avec un Conseil de surveillance, comment la transparence fonctionne, etc. Une seconde partie porte sur l’innovation, comment on sélectionne les innovations avec les évaluateurs. Une autre est plutôt sur comment on fonctionne avec la communauté, les actionnaires, ce qu’ils font, etc. Du coup tu retrouves un peu toutes les dimensions de Time for the Planet dans cette émission. On fait intervenir des membres du Comité scientifique, des actionnaires, des membres du Conseil de surveillance qui en parlent, etc. Ensuite, on a beaucoup d’éléments de communication : on est beaucoup sur LinkedIn. On vient de sortir une vidéo Youtube sur un format plutôt décalé. On a par ailleurs écrit un livre et on a aussi un média où on interview des personnalités. On a échangé avec Nicolas Hulot, Fabrice Bonnifet, donc des grands noms. Là, lundi prochain je vais interviewer aussi Bertrand Piccard, le fondateur de Solar Impulse. Ces interviews sont donc un format supplémentaire qu’on peut retrouver sur notre chaîne Youtube.

 

En associés, je vois aussi qu’il y a Jean Jouzel, Jo-Wilfried Tsonga, etc.

Oui aussi ! Jo-Wilfried nous a rejoint récemment, et on a fait dernièrement une vidéo avec des membres du Stade Toulousain, plus pour la comm’, c’est rigolo. On a aussi Philippe Bihouix mais on n’a pas spécialement communiqué dessus, on le fera sans doute quand on sortira son interview (vidéo sortie le 4 octobre n.d.r.). Et donc on a aussi Jean Jouzel, et Jean Jouzel c’est énorme, parce que c’est un des premiers associés à avoir cru en Time for the Planet. On l’a rencontré sur Paris et le lendemain on était chez lui, à boire un café, truc incroyable, et à discuter avec lui de la transition. Tu vois, quand on a lancé Time for the Planet, on avait des envies, mais on ne savait pas exactement comment faire, on ne connaissait pas tout le sujet et c’est un des premiers qui nous a dit : “il faut de l’innovation pour réussir, on n’y arrivera pas sans. Ce n’est pas LA solution, la seule, mais il en faudra, il faudra tout type d’innovation, sociale, etc. Il faut que ça évolue, il faut du réglementaire mais il faut de l’innovation et c’est aussi le premier à nous dire : “la transition est possible”. Il connaît le problème par cœur, mais il nous dit que rester en dessous des 2°C c’est possible. De l’entendre de sa bouche, ça nous a bien boosté au départ. Depuis, il nous a fait quelques tribunes, il est intervenu sur 1 ou 2 émissions. Il nous suit de près mais il est très très pris donc on le mobilise pas trop de temps, mais c’est top de l’avoir à nos côtés.

 

Quelques citoyens associés de Time for the Planet (source : https://www.time-planet.com/fr)

 

C’est sûr que c’est un allié de poids ! Avoir Jean Jouzel dans son équipe, ça parle tout de suite. Autre question : est-ce qu’il y a des critiques sur l’aspect innovation ? Je suis complètement d’accord avec toi sur l’idée qu’il faut de tout, et vous ne proposez pas que des innovations techniques, malgré tout, y en a-t-il ?

On l’a quand même la critique d’être techno-solutionniste. On a fait justement un article pour dire qu’on pense, et qu’on est persuadé que la technologie ne va pas nous sauver, on ne pense pas du tout comme ça. Évidemment, le pur profil décroissant ne va pas apprécier tout ce que l’on fait, mais en fait pour nous l’idée c’est vraiment de se dire : il y aura des innovations technologiques qui seront nécessaires, par exemple pour la mobilité favoriser l’électrique. On n’est pas que pro-ENR, contre-nucléaire ou des choses comme ça, on n’a pas de parti pris. On se dit qu’il faudra un peu de toutes ces solutions là. Pareil pour le stockage, il faudra de multiples solutions. Et puis les innovations, on les a cadrées, on a structuré sur une matrice de 20 problèmes sur lesquels on veut agir. On a dans cette matrice 5 colonnes qui correspondent aux 5 secteurs émetteurs d’après le rapport du GIEC, et les 4 leviers d’action qu’on a imaginé. Dans ces 4 leviers d’action, on a de l’innovation technologique, parce que on va être sur des nouvelles solutions qui sont zéro émission, donc souvent, ça va être avec de l’innovation technologique. On a ensuite de l’amélioration, de l’efficacité énergétique. Sur ce volet, on peut avoir des solutions low-tech, tel que le kite pour réduire la consommation d’un navire, ou du rétrofit de véhicule électrique par exemple. Un 3è axe est la sobriété : toutes les innovations qui peuvent favoriser la sobriété nous intéressent. Pour favoriser la décroissance, il y a le fait d’être convaincu, mais on est persuadé que les gens vont vers ce qui est le plus simple, le plus économique. Il y aura une partie qui sera par la contrainte, mais on n’a pas la main là-dessus. Donc on se dit : “comment fait-on pour favoriser les choses ?” Interdire les bagnoles pour que tout le monde roule en vélo, c’est une chose, mais par contre favoriser ou faire un vélo qui est vachement plus agréable, pas cher, ou un système de location ce sont de bonnes idées. Bon les trottinettes électriques c’est un mauvais débat parce que ça peut porter à controverse, mais en tout cas pour favoriser ça, l’innovation peut aider. Typiquement, j’aime bien l’exemple d’Airbnb. Les gens ne sont pas devenus d’un coup sociables, à inviter n’importe qui chez eux, c’est pas pour ça. Mais par contre, on a réussi à créer ça parce qu’il y a un levier économique, il y a un modèle rassurant, un modèle pratique pour tout le monde. Ca c’est typiquement le genre d’innovations qui sont intéressantes. Blablacar c’est pareil, les gens n’ont pas envie de partager leur voiture de manière spontanée. Certaines personnes oui, mais la plupart, c’est que ça leur permet de couvrir les frais de déplacement, et néanmoins ça fait bouger les choses. C’est ça qui nous inspire. Du coup on n’est pas du tout techno-solutionniste, après on peut renvoyer cette image-là, donc on fait attention à ce que ça ne soit pas le cas.

 

Je comprends bien, de toute façon sur tous les sujets de la transition, il y aura toujours pleins d’avis dans tous les sens. De ce que je comprends, Time for the Planet, va quand même cultiver une certaine transparence. On arrive tranquillement sur la fin de notre interview, tu voudrais discuter d’autres sujets ?

Je te conseille des conférences, non organisées par Time for the Planet, sur le rôle des ingénieurs, ou des sessions de Jancovici, ou encore Aurélien Barrau. Sa conférence aux Polytechniciens (https://www.youtube.com/watch?v=BLYJFIX6mFw&ab_channel=aurelienbarrau) est assez géniale. Il dit qu’il ne faut pas uniquement se concentrer sur le réchauffement climatique, il faut retravailler aussi le fonctionnement dont on voit les choses. Si on continue de s’étendre partout, même avec une énergie verte, ça ne changera rien. On s’inscrit bien là-dedans, alors ça ne ressort pas. On est obligé de tenir une ligne, pour que le discours soit clair pour les gens, mais il est évident qu’on doit prendre ça en compte. J’adore ce que dit Aurélien Barrau et je suis en phase sur ces sujets-là. Après il faut qu’on arrive dans tous les cas à réduire nos émissions, pour pouvoir après changer le comportement.

 

Oui ça reste un gros sujet. Peut-être pas le plus gros, si on pense aux 9 limites planétaires de Rockström, qui montre que le changement climatique est un gros sujet, mais la perte de biodiversité est même encore plus préoccupante.

Bien sûr ! Ils sont tous liés en plus. Nous on a fait un focus sur celui qui nous paraissait le plus important et le plus accessible. Si on ne règle pas celui-là, il n’y aura plus ni homme ni animaux, mais évidemment il y a les autres sujets. C’est une question de focus. Il faut penser à tout, et dans notre analyse des innovations, on intègre un critère que j’appelle externalités : c’est l’impact sur la biodiversité, sur les ressources naturelles, etc. Ça fait partie de notre sélection des innovations. Mais notre focus reste les GES. On ne peut pas s’occuper de tout, donc on ne va pas enlever le plastique des océans, ou gérer le stress hydrique, ou les nappes de phosphate, mais on a ces sujets en tête et on les prends en compte dans les innovations qu’on sélectionne et qu’on va financer.


Les 9 limites planétaires, d’après Steffen et al., 2015 (prolongement des travaux de Rockström et al, 2009). Voire: https://www.science.org/doi/10.1126/science.1259855)

 

 

Oui de toute façon, vous avez déjà un objectif ambitieux. Il faut bien commencer quelque part, ça ne vous empêchera pas après de vous étendre sur d’autres sujets.

Oui, on a déjà bien à faire avec ça (rires)

 

Quand tu parles d’évaluation, vous faites des évaluations de type ACV (Analyse de Cycle de Vie), ou des évaluations de type ACV-S (Analyse de Cycle de Vie Sociale) ?

On ne fait pas d’ACV sociale et on ne fait pas d’ACV de manière systématique, mais on a dans notre comité scientifique, Thomas Gibon qui est un expert, docteur en ACV, donc il regarde cela de près. On va faire les ACV sur les innovations qu’on creuse avec les porteurs de projet, mais ce sont surtout les experts scientifiques au comité, moi je leur demande, ils ont 1 critère à évaluer avec chaque sous-critère, ils doivent se poser la question d’impact sur la biodiversité, d’impact sur les ressources, d’impact sur le social. Donc il n’y a pas d’études complètes, mais ces aspects là sont évalués.

 

Super intéressant ! Je suis moi même actionnaire de Time for the Planet, mais encore assez peu engagé dans le mouvement, ça me donne envie de m’y pencher un peu plus ! Merci beaucoup pour ton temps !

Merci à toi !




3
J'aime

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.