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18 décembre 2020
Association

Paris, les Jeux Olympiques... et Supméca ?

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Un grand merci à Tony DA SILVA BOTELHO, C2001, Professeur des Universités à Supméca et membre du Groupe de Travail JOP de Supméca qui a accepté de rédiger pour Supméca Alumni cet article, très complet, détaillant la situation de Supméca vis à vis des JOP2024.


Depuis que Paris tournait autour du pot…cette fois-ci, c’est bon ! Paris a été désignée ville hôte des Jeux Olympiques d’été de 2024 ! C’est le fruit d’un dur labeur, construit sur les ruines de la défaite de la candidature de Paris pour 2012 au profit de Londres. Ainsi donc, en juin 2015, Paris se porte officiellement candidate pour recevoir les JOP2024 (Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024). Plus de 2 ans plus tard, Paris est officiellement désignée ville hôte. Le 13 septembre 2017, précisément. Certains se souviendront plus volontiers de la polémique concernant la note de frais dispendieuse de la délégation française (300 personnes, 1,5 M€, et 1 Boeing 777-328 affrété pour l’occasion), d’autres y verront une vitrine du savoir-faire français… « Tout est relatif », disait Albert Einstein.

Mais cet honneur, accueillir des athlètes du monde entier pour célébrer le sport et la jeunesse, n’était en fait que le début d’un long chemin, semé d’embuches pour notre chère Ecole…Les premiers visuels du projet à peine rendus publics et déjà les premiers doutes…

 

Figure 1: Extrait du dossier de presse "village olympique et paralympique Paris 2024"- Septembre 2017. Les marquages en rouge sont du groupe de travail.

Il s’agit sans doute d’une représentation macroscopique grossière, un malentendu.

Il s’agit sans doute d’une représentation macroscopique grossière, un malentendu. Comment peut-il en être autrement ? On ne peut pas rayer de la carte un bâtiment d’enseignement inauguré en 2006 et comprenant un amphi de 250 places et deux niveaux de salles de TD ainsi qu’un restaurant pour les étudiants et le personnel de plus de 100 places assises ! Sans parler du terrain (plus de 1000 m² non bâtis), mis de côté pour les futurs projets de développement de Supméca… Le tout appartenant à l’Etat.

Malheureusement, à la lecture de l’enquête préalable au classement d’utilité publique du projet de village olympique et paralympique (ouverte du 17/12/18 au 31/01/19), le doute n’était plus permis. La frontière sud du village olympique passera au beau milieu du campus de Supméca. Littéralement. En d’autres termes, la moitié du campus se retrouve dans le chantier, avec un bâtiment construit sur « notre » terrain (celui de l’Etat, en fait…) et l’autre moitié, le bâtiment historique, se retrouve en dehors. Et entre les deux, une rue rendue à la circulation. Mais ce n’est pas tout ! La résidence Pierre Azou (l’ARPA) se retrouve au beau milieu du chantier, menacé de destruction. Pour rappel, cette résidence de 97 chambres est gérée par l’ALECI au bénéfice des élèves de Supméca. Le rouleau compresseur des grands travaux publics était en marche. Pour preuve, le Rectorat s’était vu notifier par courrier les parcelles de terrain de Supméca visées par une procédure d’expropriation dès le 13/12/18, soit 4 jours avant l’ouverture de l’enquête publique….

 


Figure 2: Extrait du dossier d'enquête publique préalable à la déclaration d'intérêt public du projet. Les légendes spécifiques à Supméca et la Résidence Pierre Azou sont du groupe de travail.

La communauté Supméca s’est rapidement structurée en Assemblée Générale

A la découverte de ce qui se préparait, la communauté Supméca s’est rapidement structurée en Assemblée Générale : personnels, enseignants, étudiants, tous se sont rapidement mobilisés pour répondre à l’enquête publique de manière coordonnée. En particulier, nous avons pu rencontrer le président de la commission d’enquête publique pour faire valoir la position particulière de Supméca et de sa résidence Cette première action a abouti à la formulation d’une réserve et de cinq recommandations dans le rapport d’enquête publique, toutes concernant Supméca, obligeant La SOLIDEO[1] (Société de Livraison des Ouvrages Olympiques), en charge de la réalisation du projet, à « [initier] officiellement la mise en place d’un groupe de travail collaboratif avec les différents services de l’Etat concernés et la Direction de l’école, avec la volonté affichée de rechercher les meilleures solutions d’aménagement qui assureront la continuité du fonctionnement de l’Ecole à la satisfaction de tous »[2].

Parallèlement, l’Assemblée Générale des usagers de Supméca avait adopté une résolution le 24/01/19, qui est devenue une pétition[3]. Une délégation de plus de 100 élèves, calmes mais déterminés, s’est présentée au Conseil Municipal de la ville de Saint-Ouen du 18 mars 2019 pour porter le sujet de la résidence Pierre Azou. Après un échange avec M. DELANNOY (Maire de Saint-Ouen), deux élèves ont finalement été autorisés à poser une question diverse en fin de Conseil Municipal. Avec beaucoup de sérieux, ils ont attendu l’épuisement de l’ordre du jour, vers 02h du matin...

 

Figure 3 : Délégation de résidents de l'ARPA devant la mairie de Saint-Ouen.

Rapidement, des représentants de la SOLIDEO ont souhaité rencontrer la Direction de Supméca (dont Alain RIVIERE, Directeur Général). Ces premiers contacts se sont révélés très difficiles et ont rapidement tourné à l’épreuve de force. Aussi, pour soutenir la démarche de la Direction, le Conseil d’Administration de Supméca a voté[4] la création d’un groupe de travail relatif au village olympique. Ce GT JOP, constitué de personnels, enseignants et étudiants, a rapidement été renforcé par des représentants de Supméca Alumni et de l’ALECI.

La délégation de Supméca a porté 6 sujets principaux

A partir du 28/03/19, le GT JOP a donc pris en charge la négociation avec la SOLIDEO (8 rencontres en 3 mois). La délégation de Supméca a porté 6 sujets principaux, fortement impactés par le projet de village olympique :

  1. Sécurité des biens et sureté des personnels, usagers et visiteurs pour un campus à terme ouvert et traversé par la ville…
  2. Continuité du service public pendant les travaux
  3. Restaurant universitaire, qui doit être détruit pour la réalisation de logements privés
  4. Réserve foncière consommée pour construire des logements, comment envisager un développement dans pouvoir augmenter notre capacité d’accueil ?
  5. Accès véhicules et parking : 40 places supprimées par l’ouverture au public de la rue Francis de Pressencé et nécessité de revoir les accès sur site pour les personnels, visiteurs et prestataires en véhicules
  6. Logement étudiant, 97 chambres supprimées et un projet avec des logements dans Supméca qui n’est pas à la hauteur des besoins

Malgré de nombreuses propositions techniquement viables faites par le GT JOP, très peu d’amendements au projet initial ont réellement été consentis.

Parallèlement, la communauté Supméca s’est montrée très active pour faire valoir les intérêts de l’Ecole, ce qui a abouti à plus de 20 interventions dans la presse, dont Le Monde, Mediapart, Le Parisien, France Inter, Les Echos,… A nouveau, une délégation d’élèves s’est présentée à une réunion du comité de suivi des jeux olympiques, réunion d’information organisée par Plaine Commune[5]. Ils ont pu s’entretenir avec Patrick BRAOUEZEC, président de Plaine Commune, au sujet des logements étudiants.

Figure 4 : Délégation d'étudiants devant Plaine Commune à l'occasion d'un comité de suivi des JOP 2024

Il semble qu’à partir de ce moment, quelque chose s’est dénoué…

Les négociations avec la SOLIDEO ont mis progressivement en lumière une véritable opération immobilière de grande ampleur (51 ha), utilisant les JOP2024 comme tremplin (ou accélérateur). Dans ce contexte, les besoins d’un « petit » établissement public en bordure de chantier ne semblaient pas faire le poids. En particulier, l’aspect financier de toutes ces transformations était encore bien flou. Supméca ne possède pas les ressources propres permettant d’affronter de telles transformations et la SOLIDEO ne dispose pas des prérogatives lui permettant de modifier en profondeur le projet de rénovation urbaine mais est seulement chargé de sa mise en œuvre. A la lumière de cette analyse, le GT JOP a sollicité le 23 mai 2019 le Préfet de Seine-Saint-Denis, M. Georges-François LECLERC, plus haut représentant de l’Etat sur le territoire pour lui demander son soutien.

Il semble qu’à partir de ce moment, quelque chose s’est dénoué…

Le 04 juin 2019, M. le Préfet a déclaré d’utilité publique le projet d’aménagement de la ZAC Village Olympique et Paralympique[6].

Le 25 juin 2019, le Président de la SOLIDEO, M. Nicolas FERRAND, a présenté devant le Conseil d’Administration de Supméca les grandes lignes du projet et cherché à identifier les aménagements possibles.

Au 31/08/2020, l’ARPA a définitivement fermé ses portes. Les travaux de déconstruction (c’est le terme consacré, désormais) débuteront à l’hiver.

Le 26 septembre 2019 M. Le Préfet LECLERC et M. le Recteur d’académie (Daniel AUVERLOT) sont intervenus au Conseil d’Administration de Supméca pour (ré)affirmer que la place et l’avenir de Supméca est et restera sur son site actuel et que les différents services de l’Etat feront en sorte de préserver le potentiel de développement de l’Ecole. Le projet aboutira à la construction d’un bâtiment en front de Seine, à l’ouverture de la rue Francis de Pressencé au public, et donc la séparation en 2 du campus. Mais le principe d’un tunnel piéton est acté, permettant de relier les 2 sites sans traverser la voie publique. Ce futur ouvrage sera financé par la SOLIDEO. Par ailleurs, le Préfet confirme qu’une enveloppe exceptionnelle de 1,2 M€ est réservée à Supméca pour lui permettre d’acquérir le futur RDC du bâtiment à construire (en VEFA), dans lequel le futur restaurant de Supméca sera construit en lieu et place de celui qui sera démoli pour les besoins de la ZAC village olympique et paralympique. Enfin, M. le Préfet usera de son droit réservataire pour attribuer l’ensemble des logements de ce nouveau bâtiment aux élèves de Supméca ainsi que les places de parking en R-1 de ce bâtiment. De nombreuses questions restent ouvertes, dont la prise en charge de la sécurisation des 2 sites, la possibilité pour Supméca de se développer ou encore la structure qui sera en charge de la gestion des futurs logements (et qui garantira qu’ils seront bien fléchés pour les étudiants de Supméca).

Dans la foulée, la SOLIDEO a mobilisé ses équipes pour travailler la faisabilité d’un projet d’extension de l’Ecole qui se ferait en sous-sol, pour préserver le jardin en surface. Ce projet, évoqué dès le mois de mai 2019, n’est pas financé. Il s’agirait de faire une demande de financement dans le prochain contrat de plan Etat-Région (CPER 2021-2027). Ce projet doit être porté par Supméca, mais sera appuyé par les équipes de la SOLIDEO. Ce projet tire profit du futur tunnel piéton pour desservir ce futur espace hypothétique.

Un protocole d’accord SOLIDEO – Supméca – Etat est alors proposé par la SOLIDEO à partir du mois de novembre 2019. Ce document fait l’objet d’une attention particulière par les services de l’Etat (dont le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance). Il est prévu que ce document soit approuvé par le Conseil d’Administration de la SOLIDEO, puis par celui de Supméca, les deux instances se réunissant en novembre 2020.

La vie de Supméca suit son cours

Indépendamment, la vie de Supméca suit son cours et Alain RIVIERE terminant son 2ème mandat en tant que Directeur Général, le Conseil d’Administration a procédé le 23/01/20 à l’élection de son successeur : Philippe GIRARD, qui était jusqu’alors Directeur Général Enseignement et Recherche de l’Ecole de l’Air (Salon-de-Provence). Il a pris ses fonctions le 1er mai 2020 et a immédiatement placé le dossier JOP2024 sur le haut de la pile.

Figure 5 : Faisabilité de l'extension de l'Ecole, d’après les documents présentés par la SOLIDEO au C.A. de Supméca le 26/09/2019

Une livraison à la fin du 1er semestre 2022.

Entre-temps, le dossier a continué à avancer et la SOLIDEO a procédé le 28/04/2020 (pendant le confinement) au jury d’attribution de marché pour la résidence étudiante. Supméca disposait d’une voix à ce jury (11 votants au total). Le groupement lauréat a fait la proposition la plus compacte et avec la meilleure performance énergétique. Les travaux de terrassement débuteront au dernier trimestre 2020, avec une livraison à la fin du 1er semestre 2022.

Figure 6: Implantation du projet lauréat au jury d'attribution du marché

De nombreux sujets restent sur la table, pour lesquels des solutions techniques sont à l’étude avec les différents services compétents, dont le bureau du Préfet de Seine-Saint-Denis et la Rectrice déléguée de la région académique de Paris en charge de l’Enseignement Supérieur, la recherche et l’Innovation.

Depuis les dernières élections locales, nous avons désormais des relations très constructives avec le nouveau Maire de Saint-Ouen-Sur-Seine, M. Karim BOUAMRANE, et son équipe. 

Les prochaines étapes importantes concernent la négociation du prochain contrat de plan Etat-Région, qui décidera de la réalisation – ou non- du projet d’extension. Ce projet n’est d’ailleurs pas complètement figé et doit être pensé pour satisfaire au mieux les besoins de notre Ecole à l’horizon 2030.

 

Figure 7 : Début des travaux de terrassement sur le terrain de Supméca, le 14/10/20 (en haut) et le 23/10/20 (en bas)

Quand prend le temps de regarder les (presque) 2 ans qui viennent de s’écouler et qu’on se projette dans les quatre ans qui nous séparent encore des JOP 2024, on imagine encore difficilement ce qui nous attend…

… Mais quand même, on entr’aperçoit le bruit et la poussière pendant les amphis, les TDs et les examens, les soutenances rythmées par les engins de chantiers, les perturbations pendant les colloques scientifiques, les difficultés d’accès (déjà 10 minutes de plus pour faire les 300 derniers mètres sur la rue Ampère), la pénurie de places de parking, les possibles coupures de courant (il y en a déjà eu une), les coupures de réseau informatique,…

Et en balance, la perspective d’une extension permettant d’envisager une croissance des effectifs étudiants comme apprentis, un développement des activités du laboratoire de recherche (le Laboratoire Quartz) et un pôle entreprenariat en phase de maturation ; le tout dans un quartier rénové et mieux desservi (métro ligne 14 Mairie de Saint-Ouen inaugurée le 14 décembre 2020, travaux en cours pour aller jusqu’au carrefour Pleyel, passerelle piétonne pour relier Pleyel au RER D – la Plaine Stade de France, pistes cyclables et voies de bus supplémentaires…)

« La patience rend tolérable ce qu’on ne peut empêcher », Horace

« L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare », Maurice Blondel


[1] Le CIO (Comité Olympique International) délègue à Paris 2024 la préparation et l’organisation des JOP2024. Pour cela, Paris 2024 s’est structurée en trois entités : SOLIDEO, en charge des travaux d’infrastructure, du village olympique et paralympique et du village des média ; COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques), en charge de la réception des infrastructures et de l’organisation des JOP2024 ; HERITAGE, structure en charge des travaux post-JOP permettant de « rendre à la population en héritage » des infrastructures, logements et équipements sportifs pérennes.

[2] Extrait du Rapport final de la commission d’enquête publique, publié le 11/03/19, https://www.enquetes-publiques.com/Enquetes_WEB/FR/DOSSIER-H.awp?P1=EP18551

[3] https://www.change.org/p/edouard-philippe-sauvons-supmeca-emp%C3%AAchons-la-destruction-de-son-campus-par-les-jeux-olympiques-2024

[4] Délibération 2019-07 du 21 mars 2019, approuvée à l’unanimité (19 pour, 0 abs, 0 contre).

[5] Plaine Commune est un Établissement Public Territorial. Il s’agit d’une intercommunalité qui regroupe 9 villes du nord de Paris : Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, La Courneuve, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse, Épinay-sur-Seine et L’Île-Saint-Denis. Sa compétence inclus l’aménagement urbain et le développement économique.

[6] Arrêté préfectoral n°2019-1393 du 4 juin 2019, http://www.seine-saint-denis.gouv.fr/content/download/14269/101713/file/Arr%C3%AAt%C3%A9%20pr%C3%A9fectoral%20n%C2%B02019-1393%20du%204%20juin%202019-Z.A.C%20village%20Olympique%20et%20paralympique-Saint-Denis-Saint-Ouen-Sur-Seine.pdf




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2 Commentaires

Christophe SANGLIER (SUPMECA, 2009)
Il y a 9 mois
Article très clair et fort intéressant.
Merci et bon courage,
Amicalement,
Bernard GUILLERMOU (CESTI, 1981)
Il y a 9 mois
Oui compte rendu complet, clair et intéressant. A suivre donc pour la réalisation de ces nouveautés. Bon courage!

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