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08 octobre 2019

Reconversion et formation : l'erreur des plus diplômés

La reconversion est un sujet à la mode. De nombreux cadres envisagent de se réorienter, de changer de métier pour redonner un sens nouveau à leur vie professionnelle. La presse illustre régulièrement ces « success stories » qui font rêver, tel ce trader qui s’est lancé dans l’artisanat ou l’exploitation d’u gite rural… Mais qu’en est il vraiment ?

En matière de reconversion, les diplômés que je rencontre imaginent souvent ces étapes de quête de renouveau au travers d’une formation, afin d’acquérir des compétences et de se former à un nouveau métier, pour être légitime dans leur reconversion.

 

La formation comme un réflexe pour se reconvertir

Se former est un réflexe parfaitement compréhensible pour des personnes qui ont très largement profité de leur niveau académique pour construire leur évolution de carrière, leur réussite professionnelle. Mais c’est une erreur s’agissant de la question de la reconversion vers un nouveau métier. Voici les deux raisons :

La première est qu’une formation n’est pas un préalable pour évoluer vers un nouveau métier notamment pour des personnes qui disposent d’un large capital de compétences et d’expérience. En effet les plus diplômés n’ont souvent pas conscience de l’étendue des aptitudes, des savoir-faire ou des savoir-être qu’ils ont mobilisés au cours de leur vie professionnelle. Elles peuvent très largement servir de pivot pour bâtir une nouvelle orientation sans avoir à en acquérir de nouvelles. C’est ce qu’on appelle communément les compétences transférables, qui constituent un socle de plus en plus significatif des compétences des métiers qu’on dit « qualifiés ».

 

La formation n’est pas un pré requis à la reconversion

La deuxième raison est qu’un diplôme ne suffit pas à construire un projet professionnel. La recherche d’une formation complémentaire sur un CV va très souvent permettre de se rassurer par l’acquisition d’un titre professionnel. Mais choisir d’engager une formation vers un nouveau métier suppose d’avoir clairement identifié ses besoins de compétences nouvelles et le contexte professionnel recherché. Cela suppose aussi et surtout d’avoir mené une réflexion en profondeur sur ses nouvelles motivations au travail : valeurs, centres d’intérêt, mode ou environnemental de travail…

En l’occurrence, les études sur les bifurcations professionnelles démontrent que la part des « reconvertis » qui ont suivi une formation significative pour aller vers un nouveau métier est relativement marginale. Certes, un besoin d’acquisition de savoirs ponctuels, peut être nécessaire pour s’approprier une connaissance sectorielle ou technique, mais ce n’est nullement une condition indispensable, en tout cas préalable.

 

Se reconvertir sans formation, c’est possible

Un exemple : j’entends beaucoup de cadres sensibles aux enjeux écologiques vouloir se réorienter vers le développement durable et chercher à s’inscrire dans une formation sur ces thématiques. L’intention est tout à fait respectable mais le développement durable ne fait pas un métier, encore moins un projet professionnel, et un diplôme ne doit pas occulter toutes les aptitudes acquises et remobilisables dans des fonctions supports par exemple : capacité à gérer un projet multi acteurs, sens de la négociation ou tempérament porte à la médiation, …

Car les diplômés, notamment les plus expérimentés, disposent d’un capital de compétences qui ouvre une large champ des possibles pour aller vers de nouveaux horizons professionnels. Ce potentiel leur permet de ne pas réduire leur avenir à l’obtention d’un nouveau diplôme. Cependant, ce potentiel exige de mener un travail en profondeur sur ses motivations et décrypter ses critères de choix d’une nouvelle étape professionnelle, que celle-ci conduise à un virage majeur ou à un léger repositionnement de carrière. Cette démarche est plus exigeante, car moins confortable, mais c’est celle qui apportera le plus de garantie sur la réussite de sa reconversion.

 

Laurent Polet est professeur en management à Centrale Paris (devenue CentraleSupélec) et fondateur de Primaveras, organisme de formation qui développe une méthode pour se reconvertir, quitter une voie toute tracée par son diplôme & choisir une carrière à impact positif, dans des programmes associatifs et éligibles au CPF .

http://www.primaveras.fr


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